Aujourd’hui, une grande partie de ce qu’un copywriter peut facturer comme travail de rédaction est générée en quelques secondes par l’IA.
Et cela soulève cette question : à quoi sert un copywriter si une entreprise peut demander à une IA de produire ses textes ?
La réponse que je vois souvent est : L’IA ne remplacera jamais les copywriters.
Je crois que cette réponse ignore que l’IA est capable de générer des accroches, des titres, des pages de vente, des emails, des publicités, des tunnels de vente et d’autres formats de copywriting.
L’autre réponse est : Le métier de copywriter va disparaître. Celle-ci ignore ce que l’avenément de l’IA a réellement changé dans le travail de copywriter.
Avec du recul, la vrai question est de savoir quelle partie de la valeur du copywriter reste difficile à automatiser lorsque produire des mots se fait en quelques secondes à partir d’une instruction ?
C’est là le copywriting change de terrain.
L’erreur que je vous souvent : essayer d’écrire des textes que l’IA ne saurait produire
Vous vous dites : Je vais apprendre des techniques. Alors vous étudiez AIDA, PAS, storytelling, psychologie, hooks, CTA, frameworks.
Votre objectif est de produire un texte que l’IA est incapable de produire.
Le problème ? Vous placez la compétition sur la production. Or l’intelligence artificielle possède un avantage en vitesse et en volume.
Elle peut produire 20 versions pendant que vous travaillez encore sur la première.
Essayer de gagner sur la quantité de texte est une bataille où l’IA va remporter chaque fois.
Une autre erreur : utiliser l’IA pour produire plus
Vous prenez l’approche inverse. Vous vous dites : puisque l’IA accélère la rédaction, je vais produire dix fois plus.
Vous générez plus d’emails, plus de pages, plus de publicités et plus de variantes.
Mais un nouveau problème apparaît : plus de contenu ne signifie pas forcement des décisions mieux reliées au problème du client, aux preuves disponibles, à l’objectif du texte.
Même si vous générer 50 accroches, vous devez déterminer laquelle repose sur le problème réel du client.
Même si vous générer 10 promesses, vous devez savoir laquelle correspond à ce que le client veut, se distingue de ce que les concurrents promettent et peut être soutenue par les preuves disponibles.
Même chose pour une page de vente. Quelqu’un doit décider laquelle correspond au marché.
L’IA réduit le coût de génération. Elle ne supprime pas le besoin de jugement.
Ne construisez plus votre valeur autour des mots
Avant d’écrire la première phrase, un copywriter doit comprendre
- qui est le client,
- ce qu’il cherche,
- ce qui le bloque,
- ce qu’il a déjà essayé,
- comment il décrit son problème,
- quelle offre lui est proposée,
- quelle offre apporte un avantage que le client peut identifier face aux alternatives,
- quelles affirmations doivent être prouvées,
- quelles objections doivent être traitées
- quelle décision le texte doit obtenir.
Puis un copywriter doit choisir l’angle, la promesse, les arguments, les preuves, leur ordre, le niveau de précision, le CTA.
Après publication, un copywriter doit repérer ce qui obtient le résultat attendu, ce qui bloque la décision et quelle partie modifier.
Avec ces éléments, remarquez qu’un copywriter n’est pas seulement un producteur des mots. Ils devient la personne qui prend en charge les décisions qui précèdent la rédaction.
Voici 11 étapes techniques pour rester un copywriter utile à l’ère de l’IA.
1. Ne vendez plus seulement votre capacité à écrire
Imaginez deux copywriters.
Le premier dit : « Je rédige vos landing pages. »
Le deuxième dit : J’analyse votre offre, vos clients et leurs objections. Je construis le message de la page. Je rédige la landing page. Puis je reprends la promesse, les preuves, les objections et le CTA selon les retours.
Les deux peuvent livrer une page. Mais leur contribution n’est pas la même.
Le premier intervient au moment de l’exécution.
Le second intervient dans les décisions qui déterminent l’exécution, puis dans l’analyse du résultat.
Votre valeur ne vient donc plus seulement du texte produit, mais de votre capacité à participer à la recherche, au diagnostic, à la stratégie, à la rédaction et à l’optimisation.
2. Partez des données du marché avant d’utiliser l’IA
Vous pouvez demander à ChatGPT : Quels sont les problèmes des entrepreneurs qui veulent lancer une newsletter ?
Elle produira une liste plausible. Mais « plausible » ne signifie pas observé chez vos clients.
Commencez par la recherche réelle.
Analysez les témoignages, appels commerciaux, réponses aux emails, avis, enquêtes, conversations pertinentes et comportements disponibles.
Relevez les problèmes, objections, formulations et attentes qui reviennent.
Ensuite, vous pouvez utiliser l’IA pour classer, résumer, comparer et regrouper cette matière par problème, objection, désir, vocabulaire ou fréquence d’apparition.
Dans ce cas, vous ne lui demandez plus d’inventer un client.
Vous lui donnez des données du terrain à analyser.
Mais revenez toujours à la source lorsque la précision compte. Une synthèse produite par l’IA ne doit pas devenir automatiquement une vérité.
3. Diagnostiquez la cause avant de réécrire
Le client vous dit : Nous avons besoin de meilleurs emails.
Vous pourriez immédiatement demander à l’IA de les réécrire.
Mais le problème ne vient peut-être pas des emails.
Il peut venir du ciblage, de l’offre, de la promesse, de la segmentation, de la preuve, du prix, de la fréquence, de la page de destination, du risque perçu, de l’effort demandé.
Une IA peut reformuler un titre, raccourcir une page ou produire une nouvelle séquence.
Mais si l’offre promet peu, se distingue mal ou demande un effort que les preuves ne compensent pas, le texte possède une limite.
4. Définissez le message avant de demander à l’IA de produire
Supposons que vous écriviez sur un produit qui possède 12 caractéristiques, 8 bénéfices, 4 segments, plusieurs concurrents et différentes preuves.
- Que faut-il mettre en premier ?
- Que faut-il supprimer ?
- Quel problème doit dominer ?
- Quelle promesse peut servir de fil conducteur ?
- Quelle preuve doit apparaître tôt ?
- Quelle objection doit être traitée rapidement ?
- Quel ordre doit suivre le message ?
- Ce sont des décisions de copywriting.
Avant de demander à l’IA de rédiger, soyez certain d’avoir défini le segment, le problème principal, l’angle, la promesse, les objections, les preuves, la structure, les contraintes, l’action attendue.
Sinon, l’outil comble lui-même les trous par des données inventées.
5. Utilisez l’IA pour générer des options, pas pour décider à votre place
Vous avez défini le problème, le public, l’angle, la promesse et les preuves.
Vous pouvez maintenant demander :
- 10 formulations du titre ;
- 5 variantes d’une accroche ;
- 3 structures différentes ;
- plusieurs manières de raccourcir un paragraphe ;
- différents CTA ;
- plusieurs formulations d’un bénéfice.
Mais la décision reste la vôtre.
L’IA génère cinq titres.
- Lequel correspond au problème observé ?
- Lequel reste cohérent avec la promesse ?
- Lequel peut être soutenu par les preuves disponibles ?
Elle propose trois structures. Laquelle sert le mieux le raisonnement ?
Elle reformule une promesse. Est-elle facile à comprendre ou simplement formulée avec des mots plus forts ?
Elle ajoute une objection. Est-elle observée dans les données ou seulement plausible ?
Sans critères, vous devenez dépendant de la machine.
Avec des critères, vous utilisez la machine pour produire davantage d’options sans lui abandonner la décision.
6. Vérifiez chaque affirmation avant de la conserver
L’IA peut produire une phrase qui ressemble à une affirmation précise sans disposer d’une source permettant de la soutenir.
Par exemple : 87 % des entrepreneurs abandonnent leur newsletter dans les trois premiers mois.
Cela ressemble à une statistique. Mais rien ne signifie qu’elle existe.
Vérifiez toujours les statistiques, les caractéristiques, les témoignages, les informations concurrentielles, les comparaisons, les promesses, les chiffres, les faits.
Lorsque c’est possible, reliez chaque affirmation importante à :
- une donnée ;
- un témoignage ;
- une caractéristique observable ;
- une démonstration ;
- un mécanisme ;
- une comparaison vérifiable.
« Notre solution vous fait gagner du temps » est une affirmation faible si vous ne pouvez pas expliquer combien, comment ou pourquoi.
7. Utilisez l’IA comme analyste, contradicteur et premier brouillon
Vous pouvez demander à l’IA:
- quelles affirmations manquent de preuve ;
- quelles objections ne sont pas traitées ;
- où le raisonnement saute une étape ;
- quelles phrases restent abstraites ;
- quelles parties se répètent ;
- ce qu’un lecteur sceptique pourrait contester.
Vous pouvez également lui donner :
- des notes ;
- des réponses d’enquête ;
- des commentaires ;
- des transcriptions ;
- des avis ;
- des données déjà collectées.
Elle est capable de les classer, résumer, comparer et repérer les répétitions.
Lorsque le message, la structure, les contraintes, les preuves et l’objectif sont déjà définis, vous pouvez aussi lui demander un premier jet.
Cela vous évite de rédiger chaque phrase à partir de zéro.
Mais traitez ce résultat comme un brouillon, pas comme une version finale.
8. Éditez systématiquement les sorties générées
Ne livrez pas le premier résultat simplement parce qu’il semble fluide.
Un texte peut se lire facilement tout en contenant :
- des hypothèses présentées comme des faits ;
- des répétitions ;
- des clichés ;
- des affirmations inventées ;
- une promesse que les preuves ne soutiennent pas ;
- des sauts logiques ;
- des passages inutiles.
La fluidité n’est pas une preuve de qualité stratégique.
Relisez chaque section en demandant :
- Pourquoi existe-t-elle ?
- Que doit comprendre le lecteur ici ?
- Avons-nous besoin de tout cela pour y arriver ?
Puis :
- supprimez ;
- raccourcissez ;
- précisez ;
- réorganisez ;
- vérifiez ;
- nuancez.
Cela vous permet de transformer une production abondante en un message où chaque section sert une fonction précise.
9. Analysez le parcours complet et ce qui se passe après publication
Une publicité mène vers une page.
La page mène vers une action.
L’action peut déclencher des emails.
Les emails renvoient vers une offre.
Un copywriter qui connaît ce que le lecteur a vu avant et ce qu’il verra après ne travaille plus seulement sur un texte isolé.
Il vérifie que la publicité, la page, les emails et l’offre reprennent une promesse cohérente et conduisent vers la même décision.
Après publication, analysez :
- les clics ;
- les conversions ;
- les abandons ;
- les objections ;
- la qualité du trafic ;
- les étapes où le lecteur quitte le parcours.
Si une page convertit mal, ne demandez pas immédiatement à l’IA : Réécris-la.
Formulez d’abord une hypothèse.
Par exemple : Nous pensons que les visiteurs comprennent l’offre, mais ne croient pas suffisamment le résultat annoncé.
Vous pouvez tester une modification de preuve.
Une variation est utile lorsqu’elle répond à une hypothèse précise, pas simplement parce que l’IA peut produire dix versions en quelques secondes.
10. Construisez une expertise que l’IA ne possède pas
Travaillez plusieurs fois sur le même marché ou le même type de problème.
Mission après mission, accumulez :
- les objections récurrentes ;
- les cycles de décision ;
- les interlocuteurs ;
- les preuves attendues ;
- les contraintes ;
- le vocabulaire ;
- les causes fréquentes d’échec.
Vous pouvez aussi vous spécialiser autour d’un même type de problème :
- landing pages ;
- séquences email ;
- onboarding ;
- acquisition ;
- conversion ;
- lancements.
À force de rencontrer les mêmes situations, vous construisez des checklists de questions et de causes à vérifier.
Vous savez davantage quoi chercher avant d’écrire.
Construisez également votre propre grille de qualité.
Vous devez pouvoir juger un texte selon :
- la compréhension immédiate ;
- la précision ;
- l’adéquation au problème ;
- les preuves ;
- le bénéfice ;
- les objections ;
- la cohérence ;
- l’action attendue.
Lorsque l’IA produit une réponse, vous ne vous demandez plus seulement : Est-ce que ça sonne bien ? Parce que vous avez vos critères.
11. Gardez la responsabilité professionnelle et votre propre compétence
Utiliser une IA dans un contexte professionnel demande aussi de savoir quand ne pas l’utiliser.
Un client peut vous transmettre :
- des données clients ;
- des informations confidentielles ;
- des documents internes ;
- des données personnelles ;
- une stratégie non publique.
Ne copiez pas automatiquement tout dans n’importe quel outil.
Vérifiez :
- les conditions du service ;
- les paramètres de confidentialité ;
- les règles internes ;
- les clauses du contrat ;
- les exigences du client.
Si le contrat exige que l’utilisation de l’IA soit déclarée, respectez cette règle.
Le professionnalisme ne consiste pas à utiliser l’IA coûte que coûte.
Il consiste à utiliser les outils compatibles avec les règles du client, du contrat, du secteur et de la confidentialité.
Enfin, n’abandonnez pas votre propre compétence à l’outil.
Si, pour chaque exercice, vous demandez immédiatement à l’IA d’écrire, puis modifiez quelques mots, vous pouvez produire beaucoup sans apprendre à juger seul une mauvaise sortie.
Quels copywriters sont vulnérables ?
Personne ne peut savoir avec certitude comment le marché évoluera.
Si votre valeur repose sur le fait de produire rapidement du texte générique à partir d’un brief déjà complet, vous vous trouvez sur une partie du travail où l’automatisation peut exercer une pression sur les prix, les délais et la quantité de travail facturable.
Plus le travail est standardisé, répétitif, facilement spécifiable, facile à vérifier, plus il est logique que les entreprises cherchent à l’automatiser ou à en réduire le coût.
Votre nouvelle chaîne de valeur ressemble à ceci
| Étape | Votre responsabilité | Rôle possible de l’IA |
| Recherche | Décider quelles informations manquent sur le client, l’offre et le problème | Regrouper les données par problème, objection, désir, preuve et fréquence |
| Diagnostic | Identifier le problème | Chercher les hypothèses sans preuve et proposer des explications alternatives |
| Stratégie | Choisir le message | Générer des alternatives |
| Preuve | Vérifier ce qui peut être affirmé | Aider à organiser les éléments |
| Structure | Décider dans quel ordre présenter promesse, arguments, preuves, objections et CTA | Proposer des variantes |
| Rédaction | Produire le message | Accélérer le premier jet |
| Édition | Repérer les répétitions, affirmations sans preuve, ruptures logiques et passages à réécrire | Repérer répétitions ou incohérences |
| Vérification | Vérifier chaque fait, chiffre, caractéristique et source avant publication | Assistance, jamais validation aveugle |
| Optimisation | Définir l’hypothèse | Produire rapidement des variantes |
Plus l’IA produit, plus vous devez savoir juger.
L’IA déplace la valeur
Lorsque produire une phrase grammaticalement lisible et cohérente en surface devient facile, une partie de la valeur se déplace vers savoir quelle phrase mérite d’être écrite, pour qui, pourquoi, à partir de quelles informations, avec quelle preuve, dans quel ordre, pour obtenir quelle décision.
Utiliser ChatGPT ne fait pas automatiquement de vous un copywriter augmenté
Vous pouvez connaître tous les prompts. Mais si vous ne savez pas reconnaître une promesse que les preuves ne soutiennent pas ou que le client ne reconnaît pas comme désirable, un angle qui ne correspond ni au problème observé ni au niveau de conscience du lecteur, une objection inventée, une preuve insuffisante, une incohérence, un CTA prématuré, vous restez dépendant de la qualité de la sortie.
Pour donner à l’IA un contexte vérifié, comparer ses sorties aux preuves puis retenir ou réécrire ce qui correspond au brief, vous avez besoin d’une compétence en amont.
Faut-il encore apprendre le copywriting à l’ère de l’IA ?
Oui, si votre objectif est de prendre de bonnes décisions de copywriting, ce que doit être remis en question, c’est une méthode d’apprentissage centrée sur le fait de mémoriser des formules, accumuler des templates, produire des phrases persuasives.
Ce qui ne le peut pas c’est la capacité à rechercher, analyser l’offre, choisir le message, construire l’argument, vérifier les preuves, écrire, critiquer et réécrire.
Parce que ce sont ces compétences qui vous permettent de fournir à l’IA un contexte, juger ses sorties, vérifier ses affirmations et reprendre ce qui ne correspond pas au brief.
Mais essayer de travailler toutes ces compétences en même temps vous ramène à la dispersion.
Pour savoir quoi apprendre d’abord, quoi laisser de côté et dans quel ordre avancer, voyez notre article : quelles compétences faut-il pour devenir bon copywriter.
